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Yoko Orimo France

Pourquoi je participe à l'appel des consciences

La conversion écologique c’est d’abord, pour notre culture japonaise, une conversion du regard.

 

Difficile de répondre à cette question pour une japonaise tant la nature est omniprésente dans notre culture traversée par les influences du bouddhisme zen et du Shintoïsme.

La nature n’est pas quelque chose à côté de la vie, en option, c’est la vie elle-même. Dans l’un des sens du mot nature en japonais, sho, nous avons cette idée de l’éclosion de la vie, dans le bourgeon comme dans le cœur de l’homme, interne et externe. La nature comme « ce qui fait croître ». Entre les battements du cœur humain et les pulsations de la vie dans la nature, une résonnance… Quand notre cœur ne fait qu’un avec le bourgeon c’est alors que le monde nous apparaît.

La nature est le reflet de notre propre impermanence (selon le cycle des naissances, vie, mort…) mais aussi du miracle qu’il y a à chaque instant d’exister. Par rapport à la culture chinoise, grandiose et riche en couleurs, nous avons développé une culture de l’infime, une attention au détail qui se voit pas.

Pour illustrer, j’aimerais vous raconter ce moment d’éveil que j’ai vécu, lors d’un rituel du thé dans un appartement parisien où ma marraine venait de s’installer. Alors que je faisais le service, la tête penchée sur nos deux tasses en vieille porcelaine, j’eus soudain un léger frisson. En relevant la tête pour m’installer dans mon fauteuil, je vis le ciel devant moi, juste au-dessus de la tête de ma marraine : piégé dans le reflet d’un miroir situé derrière elle, un morceau du beau ciel d’été était collé sur le mur comme une grande toile de peinture à l’huile. Peu à peu j’entrais dans un agréable état de flottement. Les majestueux nuages d’été buvaient la lumière et resplendissaient d’une blancheur éclatante. L’air respirait la paix et le bonheur, bonheur parfait puisqu’il était sans pourquoi, bonheur d’exister tout simplement…Avec cette apparition, c’est le monde entier tout autour de moi qui bascula ce jour-là !

Le quotidien est ce qui peut donner un sens infini à notre existence, mais pour cela il faut, par la pratique de la méditation, purifier notre cœur, affiner notre perception sensorielle de façon à voir des correspondances là où d’habitude notre pensée sépare (les 5 sens notamment), pénétrer la profondeur du réel, « voir la nature avec ses oreilles », « entendre le monde avec l’œil » comme le dit Maître Dogen dans un jeu de correspondances infini. Ce qui mérite d’être sauvé ce n’est pas seulement la nature en tant que notre environnement physique, mais notre capacité à voir en elle un reflet de notre nature profonde qui conditionnera notre détermination à la préserver. La conversion écologique c’est d’abord, pour notre culture japonaise, une conversion du regard.

Spécialiste du bouddhisme japonais, écrivain et conférencier.

Auteur d’une traduction intégrale du Shobogenzo de Maître Dogen. Une citation qui lui tient à coeur: «Une fleur éclôt et le monde se lève» (Bodhidharma).

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