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Corinne Arnould France

Pourquoi je participe à l'appel des consciences

L'interdépendance est une résilience au service de la mitigation des impacts du changement climatique.

La viticulture contemporaine est résolument mondiale. Il n’est plus de continents où les puissantes racines de la vigne n’ont posé leur emprunte. Les vignerons et leurs vins sont devenus un « peuple » au breuvage planétaire.

Intimement reliés aux rythmes de la nature, la viticulture mondiale et le profil des vins consommés sont indissociables des évolutions du climat à l’échelle locale et globale. Le devenir de chaque parcelle de « Terroirs » et de ses vignerons est imbriqué aux grands flux planétaires et aux décisions des institutions mondiales.

Co-rédactrice en chef de la Revue des Œnologues, je cultive aussi depuis longtemps un intérêt profond pour les initiatives individuelles ou collectives qui visent à adapter et à réduire la vulnérabilité des systèmes naturels et humains contre les effets réels ou attendus des changements ; et parmi ces changements les impacts climatiques figurent aujourd’hui en bonne place.

Cette curiosité de fond m’a aussi conduit à ouvrir mettre a disposition mes connaissances vers la co-création, aux cotés de peuples autochtones, de pistes innovantes à la recherche de nouveaux équilibres de vie entre ancrage local et interdépendances globales.

Présidente-fondatrice de l’association Paroles de Nature, en 15 ans, chemin faisant toutes une série d’intuitions et de rencontres doublées d’une solide ténacité ont donné naissance à des réalisations inédites ; entre autres les premières « Conventions » entre un peuple autochtone Amazonien et des Régions françaises, parmi les plus importantes : Ile de France et Rhône-Alpes.

Le principal véhicule de ces concrétisations ? Peut-être cette intuition qu’en élargissant la perspective des capacités les plus fines de soi-même, en lien avec chacun, alors des chemins inédits s’ouvrent et rendent la vie plus Vive, plus Vivante.

En novembre prochain, pour la 21° Conférence des Nations Unies pour le climat communément appelé COP 21, l’enjeu est l’engagement de plus de 194 pays dans la poursuite des efforts de réductions des gaz à effet de serre (GES). La société civile prend part aux négociations, bien souvent en présentant des solutions concrètes permettant d’atteindre les objectifs de réduction d’émissions des GES.

Pour ma part, l’objectif est d’ouvrir un espace de « Paroles «  au peuple amazonien Kichwa de Sarayaku afin qu’il puisse présenter comment, depuis toujours, leur équilibre de déploiement économique et humain - Sumak Kawsay en Kichwa, le Bien vivre ensemble - repose précisément sur des stratégies concrètes de mitigation et d’adaptation permanente au changement. Leur politique de gestion de l’ensemble des ressources (vivantes : humaines et naturelles) du territoire est l’incarnation vivante en 2015 d’une transition permanente sur le très long terme.

Un très subtil jeu d’équilibre multidimensionnel. Face aux agressions qui mettent en péril le maintien de ces équilibres savants, les peuples autochtones - et les Sarayaku en particulier de façon exemplaire - s’efforce depuis de plusieurs année - au delà de l’agir -  à formuler et à partager dans un langage compréhensible par les populations urbaines occidentales leurs outils de gestion de l’intelligence des liens d’interdépendance entre les hommes et leurs territoires : cette vison est synthétisée dans une approche projet nommée Kawsay Sacha (Forêt vivante). L’objectif est que les territoires où les peuples mettent en œuvre concrètement ce fin savoir-faire d’interactions soient reconnues comme un bien commun de l’humanité, un patrimoine vivant d’expérimentation vital.

Ne serait-il pas contre-productif que cette zone modèle - système de gouvernance « démocratique » du bien vivre-ensemble, dynamique économique durable respectueuse des cycles de la nature limitant les émission de GES, la vulnérabilité et améliorant les capacités de réponses aux changements - soit détruite pour l’exploitation à court terme de supposés gisements pétroliers moteurs d’un modèle énergétique aux impacts avérés sur le climat ?

L’absence évidente de solutions simples face à la complexité des impacts multifacteurs des changements climatiques nous invite – a minima - à considérer avec attention d’autres modes de vie et de gouvernance. Seule leur préservation pourra nous donner une chance d’évaluer de nouveaux modèles post-pétroliers.

La véritable résilience levier d’amélioration les capacités de réponses des sociétés et de l’environnement n’intègre t-elle pas de fait la diversité bio-culturelle et naturelle ?

Il existe de nombreux parallèles inspirants entre les initiatives des territoires qu’elles soient nées dans un bourg français viticole ou un village amazonien. Aujourd’hui, tisser des passerelles entre les mondes a du sens : ensemencer des matrices de transition innovantes. Nous sommes interdépendants et la joie renouvelée du lien au vivant en mouvement n’a pas de mesure.

C’est la raison pour laquelle, je participe à l’appel des consciences.

 

 

 

Co-rédactrice en Chef, présidente et fondatrice

Association Paroles de Nature, Collectif Biopiraterie

Membre fondateur du Collectif Biopiraterie avec la Fondation France Liberté-Danielle Mitterrand, Corinne Arnould fonde en 2001 «Paroles de Nature», dans le but d’aider les peuples autochtones à protéger leur patrimoine culturel et naturel. L’idée fondatrice de Paroles de Nature est l’interdépendance des problématiques : la défense du patrimoine d’autres cultures participe, par sa valeur éducative, à une prise de conscience d’enjeux souvent oubliés en occident. Partant du principe qu’une relation équilibrée entre l’homme et la nature contribue directement à maintenir la biodiversité et la survie des populations.

 Paroles de Nature a fait le choix d’inscrire son action dans le long terme. La protection des savoirs, le maintien de leur pratique et leur transmission vers les nouvelles générations est au coeur de ses actions notamment face aux Changement Climatique. Depuis 2003, Paroles de Nature soutient et représente le projet «Frontière de Vie» du Peuple Kichwa de Sarayaku : sur tout le pourtour de leur territoire les indiens plantent des arbres dont la canopée fleurie sera visible du ciel dans 20 ans. Ce « chemin de fleurs » un symbole universel de paix est un appel à la solidarité internationale pour préserver leur territoires ancestraux face à la terrible menace pétrolière.