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Eric Julien Colombie

Why do I care about climate

Le mot « care » est le mot juste car le principal obstacle au changement est, ce que j’appellerais le syndrome du poisson rouge. Des poissons rouges sortis de leur bocal, gisent sur la table, en voie d’asphyxie. Au dehors, des spectateurs regardent sans comprendre ce qui se joue. Les poissons rouges c’est nous ! Nous avons perdu tout lien avec ce qui pourtant est essentiel à notre survie : le vivant. La nature est devenue une abstraction et nous vivons désormais dans un monde virtuel dont nous pensons qu’il est réel. Les spectateurs c’est nous aussi : au lieu de remettre les poissons rouges dans l’eau, nous les regardons mourir car nous ne comprenons pas ce qui cause leur agonie. Même les grands sommets sur le climat se passent dans des « bocaux » sans aucun lien physique avec le sujet dont on parle ! Le vivant. La première urgence, pour moi,  serait  de remettre le vivant au cœur de nos pratiques ; arrêter de discourir sur la nature, comme un sujet extérieur, pour commencer à la vivre, comme une réalité qui nous traverse.  Comme nous l’enseigne Confucius, « Dis-moi et j’oublierai. Montre-moi et je me souviendrai. Implique-moi et je comprendrai ».


Nous faisons partie de la vie, elle nous enveloppe et nous traverse, avec ses incertitudes, ses capacités d’émergence, et ses principes de fonctionnement. Prendre conscience de cet ordre qui nous dépasse, c’est retrouver le chemin de l’humilité, du sens et donc de la guérison. Le principe de base de la vie c’est le deux, le + et le -, que l’on retrouve dans nos cellules, le haut et le bas, l’obscurité et la lumière,  dont la tension créatrice donne la vie, le trois. C’est la rencontre avec l’altérité qui est à la base de la vie, elle est condition de créativité. Et c’est le partage du sens, qui est guérison.  Elle nécessite de mourir un peu à soi, pour renaître à  l’autre, pour renaître enrichi de l’autre. C’est l’exemple de la passiflore (fruit de la passion) capable de se métamorphoser un nombre incalculable de fois, pour survivre face aux attaques répétées du papillon héliconus.


Nous devons décoloniser nos imaginaires, des fictions qu’ils se créent en acceptant la vie qui est en nous. Admettre que le réel, n’est pas réductible à ce que nous percevons.  La nature est avant tout une expérience qui se vit dans la relation. Elle est ce qui nous constitue. C’est cette expérience de l’altérité, de la mort et de la renaissance, que j’ai eu la chance de vivre, il y a  30 ans, lorsque j’ai rencontré les Indiens Kogis (Colombie) qui m’ont sauvé d’un œdème pulmonaire, dans les hautes terres de la Sierra Nevada de Santa Marta.


Dernière société précolombienne encore en état de marche, pour eux, la nature n’est pas un concept abstrait, elle est la « loi » qui nous précède,  nous survivra et qui gouverne le monde, donc leur existence. Se mettre hors de ces lois, c’est provoquer tensions, déséquilibre et maladie.  De la compréhension de ses lois dépend la vie, donc  leur survie. C’est eux qui m’ont enseigné que soigner, prendre soin, c’est avant tout  entrer en relation avec la « mère » terre, cette nature qui nous porte et nous fait vivre.  Si les kogis luttent pour récupérer leurs terres menacées par la déforestation, les pilleurs de tombe et les complexes miniers, c’est que pour eux, ces terres, portent la mémoire de la  vie, une mémoire qui rend possible l’avenir. Plutôt que de protéger un environnement, perçu comme quelque chose d’extérieur, nous avons à retrouver des liens d’alliance avec la vie. Nous avons à passer du « paysage » au « pays sage » comme nous l’enseignent les kogis…


Retrouver les chemins d’une expérience du vivant, de ses principes, pour réinventer notre « être au monde », c’est ce qui a guidé la création, au sud du Vercors, de l’Ecole de la nature et des savoirs. (Drôme). Crée en 2006, cette école, expérimente les principes du vivant, à travers plusieurs chantiers. Une ferme ovine extensive de 600 brebis, qu’il s’agit de faire muter vers une ferme permakole,  une école primaire (Caminando), pour apprendre à vivre ensemble, un modèle de gouvernance et des formations pour adultes. IL s’agit de réapprendre à vivre ensemble, en harmonie avec la vie. Les indiens Navajo, ont un très beau mot pour cela, la  voix du Hozho, la voie de la beauté et de l’harmonie. Comme disent les indiens kogis : Zigoneshi, « Je te donne, tu me donnes, entrons dans l’échange ».  C’est peut-être d’abord par là, dans la découverte de ce qui nous relie, que l’on pourra commencer à changer le monde. Pour cela, il nous faut retrouver l’émerveillement de l’enfant, l’amour de la vie et le jaillissement de la poésie, c’est la nôtre plus grande difficulté
 

Consultant, fondateur de l’Association Tchendukua pour le rachat et la restitution des terres aux indiens Kogis (Colombie)

Sauvé d’un oedème pulmonaire par les Kogis, alors qu’il découvrait leur territoire, il s’est mis dans la tête de les aider à récupérer leurs terres. Ces terres sans lesquelles, coupés de leurs racines, les Kogis deviennent des êtres flottants, des êtres morts.

D’après lui, permettre aux Kogis d’entretenir leur différence, c’est s’enrichir de leur regard sur le monde, tant il est vrai que la vie naît de la richesse des confrontations et non du rejet des différences.

En 1997, il fonde Tchendukua – Ici et Ailleurs, association loi de 1901. En février 1998, une première terre est achetée (50 ha), une seconde en avril 1999 (70 ha)… une troisième en mai 2000 (50 ha) et enfin une quatrième en décembre 2000 (60 ha).

Fondée en France en Octobre 1997, en Suisse en Septembre 1999, et au Canada en Décembre 2000, l’Association Tchendukua – Ici et Ailleurs poursuit ses actions. En avril 1999, grâce au soutien de Pierre Richard, acteur et producteur, un premier documentaire a été réalisé, documentaire primé au Festival International du Film d’Autrans – Montagne et Aventure.

À travers l’histoire d’Eric Julien, ce documentaire permet de découvrir les Kogis et de les suivre dans la récupération des premières terres restituées par l’Association Tchendukua. Depuis novembre 2000, Pierre Richard est devenu Président d’honneur de l’Association… une façon a lui de concrétiser sa passion pour les peuples « premiers ».